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LES DÉFIS DE L’APPROCHE PAR COMPÉTENCES EN AFRIQUE À L’ÉRE DU NUMÉRIQUE ET LA QUESTION DE L’ADÉQUATION FORMATION/EMPLOI


Les 23, 24 et 25 juillet 2019 au Palais des Congrès de Cotonou-Benin, sous le Haut parrainage de...

Comme dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, le Bénin s’est focalisé essentiellement sur son système éducatif au cours de ces dernières années en adoptant le système LMD (Licence, Master, Doctorat). Ce nouveau système éducatif qui vise à garantir une plus grande pertinence des programmes de formation et à favoriser des rapprochements entre le milieu du travail et celui de l’industrie, pose néanmoins un problème d’harmonisation auquel s’ajoute le manque de formation des différents acteurs. D’ailleurs, la question d’adéquation formation-emploi entre les cursus universitaires et le marché de l’emploi est encore d’actualité (Pourtier, 2010). Malgré le fait que le ministre des Enseignements secondaire, technique et de la Formation professionnelle du Bénin (2018), son Excellence M. Mahougnon Kakpo a souligné récemment lors de son séjour au Canada que les reformes de l’éducation sont actuellement engagées pour favoriser le développement des compétences et l’amélioration des performances dans le secteur de l’éducation, il n’en demeure pas moins que les initiatives enclenchées jusqu’à présent peine à porter les fruits pour harmoniser les programmes scolaires entre les trois ministères de l’Éducation qui demeurent les seuls organes à gérer la question des réformes éducatives.

Or, si la réussite d’un tel système nécessite la mise en place des stratégies, le suivi des indicateurs, ainsi que l’élaboration des politiques de formation qui incombent à l’État, l’Inspecteur pédagogique de second degré M. Lucien Kokou (2018) soutient que l’approche par compétences serait la mieux adaptée aux programmes de réforme. Selon lui, il faut par exemple revoir la formation des formateurs et créer un environnement convenable à l’auto-emploi et à la promotion de la diversification de l’offre de formation. Dans cette approche, il ne s’agit plus d’aborder les apprentissages de manière séparée, mais plutôt de façon intégrée en insistant sur la capacité de l’étudiant à combiner les ressources qu’il acquiert au cours de sa formation, pour agir efficacement dans un contexte professionnel donné. Au Bénin, le personnel enseignant n’est pas suffisamment préparé ni même formé convenablement pour affronter l’ensemble des défis que représente une telle approche, en particulier lorsqu’il s’agit d’évaluer les apprentissages selon une approche par compétences ou intégrer les technologies de l’information et de la communication dans leur enseignement. Pourtant, les rôles des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) dans les systèmes éducatifs ne sont plus à démontrer.

De ce fait, il est clair que le sous-développement professionnel au Bénin est lié aux problèmes d’adéquation formation-emploi. Cette situation s’explique par le fait que le personnel ne bénéficie généralement pas de formations en entreprise et encore moins de formations continues.

Dans son étude, Houpert (2013) a constaté que la situation d’inadéquation entre la formation et l’emploi favoriserait davantage le développement croissant du chômage des jeunes à la fin de leurs études. À ce sujet, l’auteur estime que :

« ancrer la formation dans la pratique, c’est aussi relier étroitement l’objectif d’apprentissage à l’exercice de la profession. L’enseignant « technicien » sait que son métier passe par une série de gestes professionnels, de gestes qui peuvent être décomposés en unités distinctes, voire en très petites unités…Un autre volet de cet intérêt c’est que la mise en place du dispositif de formation en alternance contribue fortement à la réduction des délais d’apprentissage ou d’adaptation en entreprise au sortir du système scolaire et favorise une rapide insertion socioprofessionnelle des jeunes ».

De plus, malgré de nombreuses actions entreprises en faveur de la formation technique et professionnelle comme en témoignent les actes du colloque de Libreville en 2005, le troisième Congrès international sur l’enseignement et la formation technique et professionnelle de Shanghai en 2012, ou encore le tout premier colloque scientifique internationale de l’association pour l’innovation pédagogique et le développement professionnel sur les « enjeux de l’approche par compétences en milieu éducatif et professionnel » (2018), les programmes de formation demeurent inadaptés à l’évolution technologique et scientifique. Malheureusement, cette situation déplorable favorise la formation au rabais des formateurs, et contribue au développement perpétuel de l’inadéquation formation-emploi.

Pourtant, dans chaque pays, l’État devrait jouer un rôle fondamental dans la conception et la mise en œuvre des politiques publiques en matière d’éducation. D’ailleurs, les réformes du système éducatif axées sur l’adéquation formation-emploi sont des conditions essentielles au développement des Petites et Moyennes Entreprises (PME) et des Petites et Moyennes Industries (PMI).

Par ailleurs, le développement professionnel des enseignants et leur bien être psychologique au travail sont d’autres sources de problèmes qui freinent considérablement leur évolution. C’est ainsi que, le Comité exécutif de l’OMS (2005) avait constaté que les problèmes de santé psychologique au travail sont propres à tous les pays et en particulier pour les enseignants et les professionnels (2005). Les défis sont nombreux pour des enseignants peu formés pédagogiquement et qui travaillent sans ressources suffisantes. Pourtant, les caractéristiques de l’environnement de travail ainsi que la nature du soutien reçu jouent sur la santé et aussi sur le bien-être psychologique des individus en général.

Il est donc clair qu’en intervenant sur le bien-être psychologique au travail, on pourrait soutenir le développement professionnel dans la mesure où, les enseignants et les professionnels vivant un fort sentiment de bien-être psychologique au travail seraient plus performants et plus autonomes dans leurs fonctions; le bien-être des employés influe favorablement sur leur productivité (Dagenais-Desmarais, 2010 et Ngoya, 2016). Malgré ce constat, la question du bien-être psychologique au travail (BEPT) est rarement abordée au Bénin et le système éducatif manque de dispositifs appropriés pour répondre adéquatement à cette problématique au moment où, le travail en soi est désormais considéré comme un vecteur d’épanouissement. Pendant ce temps, le personnel enseignant et professionnel travaille davantage dans des conditions qui ne sont pas nécessairement adéquates pour leur bien-être psychologique au travail (Ngoya, 2016). Or, le milieu de travail joue un rôle déterminant dans la santé physique et mentale des employés, et faire face aux facteurs de stress professionnel peut avoir un impact significatif sur l’ensemble des actions des enseignants et des professionnels (Bensimon, 2010, et Ngoya, 2016). Il s’avère donc important de développer davantage le bien-être psychologique au travail, par une meilleure prise en compte des sujets de santé psychologique en milieu éducatif et au sein des entreprises africaines en général et béninoises en particulier.

L’autre frein du développement professionnel des enseignants et des professionnels en Afrique et au Bénin, c’est l’absence d’intégration des objectifs de développement durable (ODD) dans leurs systèmes éducatifs. Selon les Nations Unies (2014), les ODD donnent la marche à suivre pour parvenir à un avenir meilleur et plus durable pour tous. Par ailleurs, même si une approche interdisciplinaire comprenant les activités pratiques et localement adaptées peut favoriser l’apprentissage des apprenants et contribuer au développement des compétences transférables qui sont nécessaires pour promouvoir les ODD, le personnel enseignant semble ignorer les stratégies d’intégration des ODD dans les curricula. Il s’avère donc important pour les pays africains d’emboîter le pas à leurs homologues des pays industrialisés qui ont fait des ODD une priorité dans leur système éducatif.

Mot du directeur

Mot du directeur par rapport au colloque en cours

Les axes du colloque

AXE 1

Pratiques d’enseignement selon l’approche par compétences et innovation dans l’évaluation des apprentissages : regards croisés sur les contextes Africain et Nord-Américain

AXE 2

Adéquation formation- emploi : apport du numérique dans le développement des compétences en Afrique

AXE 3

Bien-être psychologique au travail : indicateur de performance, dimension essentielle du développement professionnel et source d’épanouissement au travail

AXE 4

Place des objectifs de développement durable (ODD) dans les curricula : clarification conceptuelle et stratégies d’intégration